Extension du champ de l’enfance.

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

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Quel artiste : Blithe Field

Quel album : Warm Blood

Quand la sortie : 12 avril 2012

Quel label : Poulpe Mort

Dans quel tiroir : Ambient folk à tendance noisy et expérimentale (ouais) 

Etat des esgourdes : rajeunies, nostalgisées

 

Blithe Field. Le champ allègre, insouciant. Allègre, insouciant, comme la petite fille aux dents du bonheur sur la pochette de l’album Warm Blood. Comme, aussi, ces enfants dont les cris et les rires sont samplés sur la plupart des dix morceaux que compte l’album de Spencer Radcliffe, l’Américain caché derrière ce pseudonyme champêtre, lui-même grand enfant d’à peine vingt ans.


Le thème de l'enfance, donc, est au cœur du projet artistique de Blithe Field sur Warm Blood. Avec son folk électronique léger comme l’air et ses sonorités ambient organiques, l’Américain semble en effet tenter d’explorer les sentiments – parfois contradictoires – qui sont liés à cette période de la vie. On pense alors au  Pop Music / False B-Sides de Baths sorti l’année dernière, une comparaison d’autant plus pertinente que sur l’un et l’autre de ces albums, leurs auteurs respectifs semblent s’évertuer à réaliser un tout qui serait plus que la somme de ses morceaux.


Comme chez Baths aussi, il n’y a chez Blithe Field aucune niaiserie dans cet intérêt pour le monde de l’enfance : ni délires régressifs, ni nostalgie superficielle. Probablement parce que Spencer Radcliffe est assez subtile, et honnête, pour ne pas se vautrer dans les clichés qui font le beurre de ces groupes dont la seule ambition aujourd’hui est de créer la bande-son d’une publicité pour une compagnie de téléphonie mobile ou d’une émission trop-émotionnante sur M6 – voix qui miaulent, paroles débilitantes, esthétique so cute so agaçante, entre autres manies. Aussi parce que Blithe Field, de manière assez remarquable, ne chante jamais lui-même, mais ne fait que sampler les voix d’autres personnes, ce qui crée une distance nécessaire entre lui et son sujet (il y a une différence entre essayer de parler comme un enfant et faire parler l’enfant qui est en soi), tout en construisant une esthétique de recyclage sonore aux vertus cinématographiques, à mi-chemin entre les expériences de collages de David Byrne et Brian Eno et celles du piéton qui entend des bribes de conversation dans la rue.


Mais l’album est encore plus brillant lorsque derrière l’insouciance vient percer une inquiétude, voire une insatisfaction. "Mom Like the 80s", par exemple, est un morceau qui compile tous les éléments propres à la chillwave, feel-good music par excellence ; mais ils sont arrangés de manière si cabossée ici que les chills ressentis par l’auditeur sont, finalement, plus des frissons d’effroi que des good vibrations. Une même inquiétude se dégage d'ailleurs de "Live in Chicago", alors qu’un ample chaos musical vient progressivement accompagner un message téléphonique – ce qui, après Chromatics, vient confirmer que la conversation téléphonique est LA ritournelle indé de 2012. Enfin, la dernière piste de l’album, "Fremont and Mound", avec sa montée progressive, semble promettre une résolution, qui, pourtant, n’arrive jamais. Il y a l’attente, mais pas de Happy End. Tant pis, cela donne une bonne raison de plus pour mettre l’album en mode repeat, et croire encore aux promesses d'enfance éternelle de Blithe Field, comme des enfants.


 

"In the Moonlight"

 

"Mom Like the 80s"

 

(L'album est disponible sur Deezer et Spotify, ainsi qu'en physique sur le site du label Poulpe Mort.)

 

 

 

Nico S.

Publié dans Albums récents

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