Sauvages fréquentables.

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

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Quel artiste : Clara Clara

Quel album : "Comfortable Problems"

Quand la sortie : 2010

Quel label : Clapping Music

Dans quel tiroir : Electro-pop noisy

Etat des esgourdes : Secouées, enthousiasmées, acouphènées

   

En 2008 sortait Yes or No, petit chef d'oeuvre freak folk qui révèlait au monde entier (si seulement...) l'existence de François Virot, Dijonnais d'origine et Lyonnais d'adoption, et par là même de son groupe, les Clara Clara. La bande est ainsi composée de François Virot, à la batterie et au chant, mais aussi de son frère Charles, à la basse, et de leur amie Amélie, au clavier. Bénéficiant d'une bonne réputation en tant que groupe de scène, les Clara Clara écument les salles de concert depuis pas mal de temps déjà ; pourtant, "Comfortable Problems" est leur premier album.

   

L'album :

 

Il est toujours un peu difficile de parler d'un groupe dont la musique est finalement assez peu comparable avec le reste de la production actuelle. Pour ce qui est des Clara Clara, il est même quasiment impossible de trouver de vraies similitudes avec qui que ce soit : les Animal Collective (période Merriweather) peut-être, mais sans le côté avant-garde arty qui fait toute la spécificité des New-Yorkais (et qui leur vaut à peu près autant de fans que de détracteurs). Pas vraiment de similitude non plus avec l'album susmentionné de François, qui détournait habilement les codes du folk traditionnel (voix nue, guitare sèche) pour créer une musique hybride, tout à la fois mélancolique, jouissive et animale (si vous n'avez toujours pas compris le message : achetez-le !). En effet, ici, aucune place n'est laissée à une quelconque guitare, et la mélancolie est elle aussi mise au coin. La musique des Clara Clara est essentiellement basée sur la batterie de François, laquelle est épaulée par la basse de Charles qui, bien que souvent discrète (à part sur Under the Skirt, où elle s'empare du premier rôle), n'en est pas moins indispensable ; quant au clavier d'Amélie, il sert d'agrément - voire d'ornement ? - sur toutes les chansons, les parant très souvent d'une joie communicative. Un peu de douceur dans ce monde de brutes, quoi.

 

Quand la musique est tribale, le chant, lui, est animal. François crie beaucoup, il crache des sons qu'on reconnaît comme des mots (en anglais) de manière intermittente seulement : c'est le signe d'une conception très "noisy" de la musique, la voix n'étant finalement qu'un instrument, qu'un moyen de plus pour exprimer une émotion. Faire toujours plus de bruit pour communiquer toujours plus de joie. Voilà, en gros, le credo des Clara Clara. N'épargnant aucune torture à leurs (pourtant) fidèles instruments, les Clara Clara n'hésitent pas à faire brailler leur basse (One on One), à donner mal au crâne à leur batterie (Comfortable Problems) ou à causer à leur clavier une sévère extinction de voix (Infinity) pour arriver à leurs fins. De là provient l'aspect artisanal - et pourtant jamais amateur - de leur musique. Qui apporte une fraîcheur assez bienvenue dans le monde assez asptisé de la pop made in France. Mélodies catchy, joyeuses, fofolles, c'est un programme bien réjouissant auquel nous convient les Clara Clara. On serait même prêt à parier que la plus aigrie des vieilles biques finirait par bouger du popotin en écoutant ça.

 

Ecouter ça, oui. Mais à doses, disons, relativement modérées. Car, en bonnes vieilles biques que nous sommes tous à nos heures, avouons que "Comfortable Problems" est aussi un peu usant, à la longue. De son son vif, enthousiaste, l'oreille finit par ne retenir qu'un bruit de fond surchargé ; pire même, elle bascule parfois dans l'inattention, l'indifférence, ce que l'on peut peut-être imputer à la maigreur des combinaisons possibles entre batterie - basse - clavier. Même, on finit par avoir des difficultés à distinguer certaines chansons l'une de l'autre ! C'est ainsi qu'on pourrait expliquer adéquatement "Comfortable Problems" en le comparant à une fête : une fête qui aurait démarré en trombe, presque trop vite, et qui, bien que franchement réussie, se terminerait par une petite gueule de bois ; une petite gueule de bois pas franchement désagréable - "après tout, c'est normal, j'aurais pas dû l'boire c'te treizième whiskey" - mais dont on se serait largement passé. "Eh ben, "Comfortable Problems" c'est tout pareil m'sieurs-dames !"

  

Clara Clara @Grrrnd Zero, le mercredi 12 mai 2010 :

 

Une belle claque, du genre à faire oublier le mal de crâne du matin après une soirée un peu trop alcoolisée. A Grrrnd Zero, l'ambiance était vraiment idéale, parmi les bobos chics de Lyon et les vieux anars sympas. Le public - une petite cinquantaine de personnes - a pu apprécier (et de très près, il n'y a pas d'estrade) le jeu de scène du groupe, effectivement assez impressionnant : il suffisait de voir la concentration de Charles, l'application d'Amélie et l'énergie épatante de François pour être convaincu. Le groupe a joué tous ses morceaux, lesquels, arrosés d'une bière ou deux, gagnent vraiment en force, live. Malgré quelques petits problèmes de micro en début de set, les Clara Clara ont réussi à garder leur prestance, tandis que François intriguait tout le monde avec ses drôles de grimaces et - étonnament - son charisme quand il s'agit de taper à cent à l'heure sur sa batterie (il en a même cassé une baguette !). Le tout fait donc un boucan d'enfer, mais on en redemande ; et, à la sortie, on ne leur en veut même pas de nous avoir filé de douloureux acouphènes - au contraire, ceux-là, lorsque l'on se concentre un peu, sonnent presque comme la batterie folle de One on One ! 

 

 

Nico. 

 

 

 
          
                  

Publié dans Albums récents

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