Pots en verre et baramine.

Publié le par AA

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Quel artiste : Monolake

Quel album : Ghosts

Quand la sortie : Février 2012

Quel label : Monolake / Imbalance Computer Music

Dans quel tiroir : Dark abstract / minimal ambient / ferraille et verre pilé


État des esgourdes : farcies au rythme sec / enveloppées de rouille satinée

 

 

Oui, c'est vrai, je me mêle un peu de ce qui ne me regarde pas avec cet album. Les mots "dark ambient" ne font pas d'ordinaire partie de mon vocabulaire, et je suis loin d'être un spécialiste en la matière. Mais j'ai trouvé intéressant que cet album me plaise. C'est un peu par hasard que j'ai découvert le travail de Robert Henke, musicien multi casquettes et artiste sonore à ses heures. L'homme fait aussi partie de l'équipe qui a créé le logiciel Ableton Live, ce qui explique la maîtrise technique de Ghosts, et des morceaux de Monolake en général.

 

Ghosts, qu'est-ce que c'est. Avant d'être un album de dark ambient, de dubstep indus ou bien de drone abstract (à vos souhaits), Ghosts est un album de métal. Ou plutôt de métaux. Perdus dans les reverbs et les échos, les coups tantôt sourds tantôt harmoniques du fer contre le fer, de la tôle contre le bois, de la baramine sur la terre sèche.
Il y a le fer blanc de la boite de conserve sur "Lilith", la tôle aussi, puis plus tard, c'est la baguette de fer contre les barreaux du balcon. Il y a les pièces et les couvercles qui tombent et roulent dans "A foreign object", les verres qui s'entrechoquent dans "Toku", les assiettes en métal et les cymbales rouillées dans "Unstable matter". On frappe aussi dans un vieux seau de peinture rouillé. On lâche des caisses de billes dans des cathédrales gothiques. On entend des pots, des billes, des pièces de bois, de la ferraille, du papier. Musique concrète donc, puisqu'il s'agit de produire de la musique avec ce qui n'est pas a priori musical.

 

On se rappelle certains morceaux d'Aphex Twin comme "Bucephalus Bouncing Ball" (en moins détraqué et moins acide quand même), où des sons concrets étaient déjà samplés puis modulés. A la différence cependant que les sons d'Aphex Twin font souvent primer l'électronique sur l'organique, alors qu'ici, le côté brut et concret de l'objet est conservé et mis en avant dans la musique.

 

Ghosts est comme une boite à outil samplée puis mise en rythme, et éparpillée dans des entrelacs rythmiques aiguisés et froids. Du rythme et de la ferraille donc. Mais aussi des communications radio interrompues, des voix entrecoupées, des orgues souterrains, de l'eau qui coule. Ghosts c'est de l'organique plaqué sur du mécanique, et une profondeur d'écoute qui rend obligatoire le port du casque (ou du système 5.1 pour les plus équipés). D'aspect plutôt austère, la musique de Monolake parvient à toucher par sa rigueur et surtout par l'authenticité de ses sonorités. On se laisse emporter par une certaine chaleur, comme dans un voyage à travers la matière. Quand la musique concrête fait ami ami avec la musique abstraite.

 

Mais on trouve aussi dans l'album "Afterglow", plus proche d'un genre de post-dubstep (même si je déteste ce terme), qui rappelle un peu dans l'intention le Klavierwerke de James Blake : des sonars, des hi-hats discrets mais francs, une basse tout en infra-basses. On entend aussi "Aligning the daemon", du fer toujours, mais plus discret et plus systématique. C'est peut-être le morceau qui mêle le plus ouvertement les éléments physiques, mécaniques, électroniques et organiques. On y trouve même un orgue qui fait figure de survivant dans cet univers où l'harmonie semble avoir été décimée par la rythmique. Décimée, même si paradoxalement les rythmiques et les sons qui la composent redessinent parfois des notes, des bribes de mélodies. Ne pas se laisser aller à la facilité de la mélodie : voilà peut-être une manière de différencier la musique pop des musiques plus alternatives comme celle-ci. Mais on finit toujours, ou du moins souvent, par recréer de la mélodie.  Si elle n'est pas évidente, on devra la déceler.

 


 

Monolake - Toku

 


 

 

Monolake - Afterglow

 


Pour ceux qui seraient curieux d'en écouter plus, Silence sorti en 2009 est aussi une bonne porte d'entrée.

 

 

Monolake - Internal clock

 


 

 


Publié dans Le garage à beats

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