WU LYF - Va dire le feu à la montagne.

Publié le par AA

WU-LYF---image.jpg

Quel artiste : WU LYF

Où le concert : Shepherd's Bush Empire, Londres

Quand le concert : 26 Octobre 2011

Quel album : Go Tell Fire to the Moutain (2011)

Dans quel tiroir : Shoegaze d'église, incantations, pop lourde.

Etat des esgourdes : coincées sous l'autel pendant une messe shoegaze.

 

 

Il n'y a pas beaucoup de types dont la voix me fait frissonner. Il y a Louis Armstrong, il y a Chris Isaak, il y a Rolando Villazon qui chante E Lucevan le Stelle, il y a Sparklehorse, Bowie parfois, et sûrement quelques autres. Chez tous ces types, le chant sort des tripes, pas des cordes vocales. Ils se jettent à corps perdu dans ce qu'ils chantent. Le chanteur de WU LYF fait partie de ces types. Une éraflure en guise de voix, comme un possedé qui aurait trop crié contre les murs capitonnés de sa cellule. Et toute leur musique s'agence autour de cette voix. Il s'agit de la faire sonner, de la faire résonner à coups d'accords bien sentis et de batterie cinglante, de la laisser éclater puis s'éteindre.

 

L'album s'écoute d'une traite, absolument. On y entre et on en sort sur des accords d'orgue, comme dans une église (où l'album a d'ailleurs été enregistré). Il y règne une atmosphère de ferveur, de foi, peut-être en la musique, sûrement en la jeunesse. Les paroles, bien que souvent inaudibles à cause de la voix et de l'accent du chanteur, parlent d'union, de bitume, de désenchantement, enfin elles sont surtout très belles. Sur "We Bros" notamment, avec ses airs d'hymne, le chœur crée l'union chantée par les paroles. La façon dont le chanteur prononce les paroles les transforme presque en une autre langue, en un cri articulé dont la seule chose importante ne serait plus les mots, mais leur son.

 

On retrouve cette extase de la confusion propre au shoegaze, avec des couches de reverbe, de guitares, d'orgue menées par des percussions puissantes et précises. Souvent les boucles durent, se répètent, évoluent lentement, comme dans les morceaux shoegaze. L'album à mon avis exige qu'on y entre entièrement et qu'on y reste un peu afin d'en saisir toute la force. Il se développe, il n'est pas immédiat, mais il est authentique et brut. C'est tout le paradoxe. Ils crient, hurlent, tapent, griffent, sortent leurs tripes, le tout harmonieusement. Mais on ne peut pas tout saisir d'un coup, il faut y revenir.

 

Mercredi dernier me voilà au Shepherd's Bush Empire, sûr d'assister à un très bon concert. Et c'est effectivement ce que j'ai vu, un très bon concert. Les mêmes premiers accords d'orgue pour ouvrir le set, le même premier cri qui fait froid dans le dos, la même passion. Le chanteur Elery James est impressionnant. Il se tape la poitrine avec le poing quand il chante, une sorte de tic de possédé qui exprime toute la tension qu'il renferme. Les musiciens sont tout aussi passionnés. J'ai deux regrets à propos de ce concert : que le batteur ait esquivé les roulements de caisse claire sur "Such a Sad Puppy Dog", le cœur du morceau, et que le chanteur ne se soit pas tué la voix sur "Heavy Pop". Mais j'ai quand même été sacrément surpris pour le rappel quand ils ont joué une reprise de Wicked Game, de Chris Isaak. Justement un autre des types qui me fait frissonner.

 

 

AA 

 

 

WU LYF - L Y F

 

 


 

WU LYF - Such a Sad Puppy Dog

 

Publié dans Les qu'on sert.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article