T’es ok, t’es Baths (t’es in ?).

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

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Quel artiste : Baths

Quel album : Cerulean

Quand la sortie : 2010

Quel label : Anticon

Dans quel tiroir : electronica, electro-pop, chillwave, ambient

Etat des esgourdes : hagardes, mises sens dessus dessous, aux aguets

 

Je ne remercierai jamais assez le hasard pour m’avoir fait découvrir Cerulean. Un album planqué au milieu du rayon occasion d’un petit disquaire new-yorkais, une pochette bicolore passe-partout sur laquelle n’apparaît que le strict minimum, et ce drôle de nom, Baths, qui évoque un quotidien terre-à-terre et un brin ennuyeux : bref, rien de bien aguicheur. A l’intérieur, pas grand-chose de plus. Un « vrai » nom, Will Wiesenfeld, quelques remerciements de circonstances, des drôles de smileys en forme de cœur (<3) et des titres de chanson – enfin ! – tous plus énigmatiques les uns que les autres. Voilà qui fleure bon la musique génération MySpace/Facebook (on peut d’ailleurs trouver l’ami Will sur Facebook, c’est rigolo).

 

Et puis, comme sortie de nulle part, une voix aigüe, androgyne, quasi-angélique brise le silence d’Apologetic Shoulder Blades ; viennent ensuite ces beats saccadés, désarticulés, caractéristiques de la musique de Baths. De là, une harmonie étrange naît, qui subsiste tout le long de l’album. De même, l’étrangeté, est l’une des sensations les plus vivaces véhiculées par Cerulean. Celle-ci provient de ces beats qui, bien qu’omniprésents, ne sonnent jamais vraiment comme on l’attend, tantôt pollués par des sons samplés (Apologetic Shoulder Blades), tantôt volontairement retardés afin de jouer avec les codes rythmiques les plus élémentaires (Lovely Bloodflow), tantôt encore légèrement étouffés pour laisser place à une musicalité plus conventionnelle (voix et piano principalement). De la sorte, l’auditeur est placé dans une situation d’incertitude perpétuelle quant au développement de la chanson, ce qui a pour conséquence son investissement complet dans l’écoute de celle-ci.

 

C’est en fait le tour de force principal de Baths : réussir à rendre l’auditeur actif, car conscient de la logique à l’œuvre dans le déploiement des sonorités, sans pour autant lui faire violence à quelque moment que ce soit. En effet, l’architecture de Cerulean s’apparente à une bulle (et si la sphère bleue sur la pochette n’était pas si innocente, après tout ?), tout clos où la succession des chansons semble parfaitement naturelle. C’est que les morceaux qui composent l’album partagent tous une même inclination pour la mélancolie éthérée et douce, pour le calme et la rêverie en dépit de la froideur électronique des beats. Les quelques paroles intelligibles disséminées tout au long de l’album finissent par ailleurs par confirmer cette impression de spleen vague qui irradie Cerulean – discours amoureux (« Please tell me you need me », sur Plea) et maximes mystiques (« It takes a lot of courage to make radiate your essence » sur Maximalist) parfois-un-peu-ridicules-mais-là-ça-va sont omniprésents. Dit comme cela, on pourrait en venir à croire que l‘album de Baths est monotone, surtout d’après les critères musicaux actuels qui cautionnent particulièrement le mélange des genres et la non-linéarité des albums. Que ceux qui partagent cette idée soient rassurés, Cerulean est un héritier évident de cette volonté de ne plus cloisonner les genres musicaux : beats hip-hop, chants pop voire r’n’b et gazouillis d’oiseaux copinent sans vergogne (Rain Smell)  dans ce grand bric-à-brac d’influences où l’on ne s’étonne même pas d’entendre se succéder des sonorités aphextwinesques (beats ultra-rapides), passionpitesques (voix suraigüe et mélodies sucrées) et chillwavesques (usage de synthés, influence des années 80 et de la dream pop), parfois dans un seul et même morceau (You’re My Excuse to Travel).

 

Bref, voilà un album que l’on n’est pas prêt d’oublier, et qui se place, à mon avis, parmi les meilleurs de cette année. Passionnant, original et ambitieux, Cerulean a le mérite d’être polymorphe sans jamais pour autant perdre son âme, ce son délicieusement aérien qui tranquillement émerge derrière les enchevêtrements de beats irréguliers. En réponse au titre, donc, Baths est in, car clairement tributaire de la conception actuelle de la musique ; mais Baths est aussi out, du fait de ce désir maniaque de créer un album qui serait à l’image de la sphère sur la couverture, c'est-à-dire harmonieusement clos sur lui-même, pour que l’auditeur puisse, rêveur, se sentir aussi à l’aise que s’il était plongé dans un bon bain chaud – pour cela, merci Will, merci de nous vouloir du bien.

 

Maximalist


 

Animals

 

 

You're My Excuse to Travel

 

 

 

Nico S.

Publié dans Le garage à beats

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