Philip Glass - Rêve against the machine

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

 

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Quel artiste : Philip Glass

Quel album : Solo Piano

Quand la sortie : 1989 

Dans quel tiroir : Musique minimaliste, piano, beauté labyrinthique

Etat des esgourdes : noyées, suspendues, frissonnées

 

Compositeur américain, minimaliste de son état, Philip Glass a marqué l'histoire de la musique contemporaine avec ses oeuvres pour piano, pour violoncelle, ses opéras, ses bandes originales de films etc. Sa musique, minimaliste, se construit souvent sur des boucles, des répétitions de structures, des phases plus ou moins longues. Il répète, mais ce n'est jamais la même chose. En écrivant cet article, je pensais surtout à ses œuvres pour piano, Solo Piano. Mais je pense qu’on pourra quand même lire l’article pour toute son œuvre.

Solo Piano, c’est les cinq parties de Metamorphosis, Mad Rush, et Wichita Sutra Vortex. Des titres parfois étranges, encore plus étranges quand on sait que les Metamorphosis étaient destinées à une adaptation du bouquin de Kafka La Métamorphose, que Mad Rush est dédié au Dalaï Lama, et que Wichita Sutra Vortex est écrite pour Allen Ginsberg… deux timbrés sur les trois.

Dans chaque morceau, une boucle est posée, répétée, parfois varie légèrement. C’est comme si Glass, en répétant autant de fois ses boucles, laissait l'oreille explorer les notes, les accords, les interstices des notes, les silences. Une boucle, ce n'est jamais deux fois la même chose, on n’a jamais complètement entendu une phrase musicale. Il faut qu'on nous la repasse, il faut qu'on entende à nouveau. Travailler par boucles, c'est estimer que la phrase que l'on répète vaut la peine d'être répétée, et écoutée à nouveau, une fois de plus, et encore une fois de plus. La boucle invite celui qui écoute à réinterpréter sans cesse, à profiter de ce qui est offert, à accepter la répétition des motifs. Parce que cette musique n’est pas évidente à écouter pour certains. Lassé par la répétition, on peut l’être bien sûr, mais on peut aussi accepter d’entendre dix, vingt, trente fois la même boucle, et l’écouter à chaque fois comme si on ne l’avait jamais entendue, la redécouvrir.

Il y a peut-être un certain masochisme dans cette conception de l’écoute. Écouter encore et encore, jusqu’à se noyer. Mais peut-être que c’est comme ça que ces œuvres doivent être écoutées, en s’abandonnant totalement à elles, sans chercher à lutter.

Il y a l'idée que la beauté des morceaux de Glass ne pourra se dégager qu'à l'issue de l'écoute, quand on aura été submergé par ses notes, et que la phrase se sera révélée dans toute sa longueur. On ne s'en souviendra peut-être même pas de cette phrase musicale, mais on se souviendra des frissons qu'elle nous a causés. Mad Rush par exemple, à mon sens un des plus beaux morceaux de piano jamais composés, ne comporte pratiquement pas de variations. Et pourtant on ressent tellement de choses. D’ailleurs, certains trouvent les morceaux de Glass trop faciles, des clichés cinématographiques, conçus un peu comme des machines à émouvoir ; avec tel accord, on est par exemple sûr de tirer une larmichette au public. Mais je crois qu’ici, c’est plutôt de la simplicité que de la facilité.

Dans Le Loup des Steppes, Hermann Hesse écrit : "Cette musique m'apparaissait comme du temps figé et devenu espace". C’est un peu ça Philip Glass. Le temps se fige et on se perd dans des dédales d’accords toujours identiques et pourtant toujours différents. Le temps se fige, on vogue.

On peut voir cette musique comme une musique subversive. Si si. Quand tout va trop vite tout le temps, de partout, quand on ne prend plus le temps pour rien, quand on est assiégé par les flashes incessants de sons et d’images, écouter Philip Glass, c’est dire merde à l’emballement du monde. Philip Glass, c’est du rêve against the machine. Et puis c’est aussi préférer écouter mille fois la même boucle que mille merdes à la suite sur son iPhone, en appuyant sur suivant au bout de quelques secondes. Parce que ça fait parfois du bien de se noyer.

 

Philip Glass - Mad Rush


 

Philip Glass - Opening

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stéphanie lopez 08/06/2010 17:34


Fort bon blog que je découvre, fort bon disque que je redécouvre...
Et tiens, puisque tu parles à juste titre de 'Rêve against the machine', j'en profite pour faire partager la découverte d'Arandel, un album concept issu de la même école minimale, vraiment chouette
et sans prise de tête.


Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons 11/06/2010 02:43



Merci d'être passée, c'est vraiment sympa ! Les publications sont un peu au point mort, mais elles vont vite reprendre...
Je checke Arandel alors.


Au plaisir d'un café ou d'un vide-grenier