Hud Mo : passe-moi le beurre.

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

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Quel artiste : Hudson Mohawke

Quel album : Butter

Quand la sortie : 2009

Quel le label : Warp Records

Dans quel tiroir : Hip-hop expérimental, Glitch-Hop, Kitsch-Hop, IDM, Funk asiato-andin.

Etat des esgourdes : Surprises face à la nouveauté, curieuses, contentes, étouffées à la longue.

 


    Dans la galaxie Warp, les artistes travaillant dans la veine hip-hop expérimental se sont multipliés, apportant avec eux un lot de nouveaux albums. Que ce soient Flying Lotus, Prefuse 73 ou Gonjasufi l'allumé des cavernes (avec son A sufi and a killer sorti au début de l'année), chacun creuse de son côté. Hudson Mohawke, qui a sorti ses premiers remixes en 2007, vient s'inscrire dans cette tendance hip-hop, que l'on nomme comme on veut, Glitch-hop, Hip-hop expérimental, Abstract hip-hop (ça n'a pas beaucoup d'importance, l'essentiel avec ces termes est de se comprendre et de s'entendre sur ce dont on parle).
    Hudson Mohawke, son truc à lui c'est la déconstruction. Ca semble être à la mode, et pourtant tout le monde l'utilise différemment. C'est du rythme qui sort des cases, du rythme inondant qui déborde, du rythme dont la vivacité s'affranchit du tempo strict. Pourtant, on est loin de l'extrémisme arythmique (ou en apparence arythmique diront certains) dont peut faire preuve Autechre : Mohawke parvient à conserver un groove, bancal certes, mais souvent jouissif (notamment sur FUSE ou Rising 5), qui nous rappelle que c'est bien du hip-hop qu'on écoute. Certains l'ont déja renommé Hud Mo, en référence à Fly Lo, Flying Lotus, beau représentant de la scène hip-hop expérimental sur la Côte Ouest (un article sur le bonhomme est en cours de pétrissage). Et en effet, Hud Mo tient un peu de Fly Lo : les beats boiteux, cette beauté inhabituelle qu'on tire des défauts techniques volontairement insérés (le Glitch qu'on appelle ça), l'imperfection comme perfection en fait.
   

Bon, venons en au fait. Butter, l'album.
   
    L'album débute, on allume sa Nintendo 64 : on entend une sorte d'extrait de la bande originale de Zelda, un semblant de jingle de Mario Kart. Des restes de la culture geek de notre artiste-autiste, qui pointent le bout de leur nez et donnent le ton d'entrée : l'album sera coloré, électronique, amusant.
    Le disque est guidé par les beats pressés, les synthés orgiaques et colorés, les voix surpitchées. On reste donc dans les mêmes couleurs, celles de la pochette en fait, des couleurs chaudes et mélangées qui créent une ambiance unique. Grâce à la constance de l'atmosphère, on passe facilement du très AFXien Velvet Peel, mixture arrangée de voix d'enfants, à Tell Me What You Want From Me, sorte de tube funky 80 à la sauce Chromeo. On change en fait de mode d'expression pour exprimer plusieurs facettes de la même atmosphère.
    On sent une volonté : celle de nous offrir une autre beauté. A travers tous ses triturages de sons, Hudson Mohawke arrive à nous faire voyager : on entend l'Orient sur Rising 5, on ressent les Andes et les flûtes de pan sur FUSE, l'Espagne de la corrida (ou le générique de Street Fighter, c'est selon) sur Black N Red. Au milieu de ses bidouillages, se révèle parfois une harmonie. Le morceau Star Crackout par exemple, où l'on nous parle une langue sans mots faite de bribes, et qui construit son harmonie dans la déchirure.
    Quelques moments de grâce rythmique jalonnent le disque : la snare surpuissante estampillée 80 du morceau Just decided ("des snares qui parlent", comme dirait un ami à moi)  rappelle l'âge d'or des boites à rythmes (Michael, si tu nous regardes), le groove incroyable du beat de Rising 5, combiné aux synthés asiatisants rappelle le fameux The Message de Dr Dre. Et ce rythme, on le fait avec n'importe quoi. Le début de Zoo00oom, un beat fait de grognements de cochon et de bruits de bouche. On n'est pas dans la musique concrête, du tout, mais l'idée est là : la musique est partout, peut provenir de tout.
    Deux pauses trouvent leur place dans l'album, comme des entractes au milieu de la frénésie : Acoustic Lady et Star Crackout (aux tonalités mélancoliques, atmosphériques, mais toujours sur le mode Glitch). On reprend son souffle. L'album se clôt sur une espèce de corrida-farce endiablée, qui inscrit définitivement l'album dans ce que j'appellerais le mauvais goût, annoncé dès la pochette, et qui pour moi est tout le contraire d'une injure (j'essaierai de consacrer un article à ce que j'appelle mauvais goût, et à la beauté du mauvais goût).
   
    Finalement, Hud Mo nous livre un premier album cohérent, fluide, inventif, jouissif souvent, qui n'a rien à envier à ses prédécesseurs de la scène hip-hop expérimental. Mais, car il y a un mais, cet album s'avère un peu étouffant dans une écoute intégrale. Les débauches de synthés, de rythmes saccadés, de voix supitchées tapent un peu sur le système à la longue, mais finalement, on peut dire la même chose de beaucoup d'albums de ce genre.
   
    J'ai lu quelque part que Rihanna lui avait déjà commandé des instrus : Hud Mo, ne vends pas ton âme, pas déjà.



Avis aux Lyonnais, il traverse la Manche et vient nous voir aux Nuits Sonores :


Samedi 15 mai 2010 - Marché Gare - 01h00 / 02h00

 


Hudson Mohawke - FUSE :




Hudson Mohawke - Rising 5 :



Hudson Mohawke - Star Crackout

A-A.

Publié dans Le garage à beats

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