Gruff Rhyt (à la Gaîté)

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

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Quel artiste : Gruff Rhys

Où le concert : Gaîté-Lyrique, Paris

Quand le concert : 7 avril 2012

Dans quel tiroir : Folk psyché, folie douce pop

État des esgourdes : Tout sourire

 

 

C'est dans la belle salle de la Gaîté-Lyrique que j'ai assisté au concert de Gruff Rhys, leader des fameux Super Furry Animals, groupe de pop psychédélique gallois encore en activité, qui a connu son heure de gloire au début des années 2000. D'entrée, une surprise, un gradin a été installé pour l'occasion, et la moyenne d'âge des spectateurs est sensiblement supérieure à celle des concerts où je vais habituellement. La scène aussi est disposée de manière inhabituelle : une table y trône, recouverte de bizarreries qui s’avéreront ensuite être des instruments de musique, et d'un grand drap sur lequel des inscriptions demandent « WHAT CORRUPTS MY COUNTRY? » et offrent quelques éléments de réponse : « VIOLENCE/HYPOCRISY/INEQUALITY ». On se croirait presque à une conférence alter-mondialiste. Il est 20h15, je m'installe un peu sceptique dans un siège au deuxième rang.

 

Une heure plus tard, Gruff Rhys fait enfin son entrée, par le haut des gradins, chantant a capella « Singing a song in the morning/Singing it again at night/I don't even know what I'm singing about/But it makes me feel I feel alright ». Il se dirige ensuite vers la table, s'enregistre et chante ce refrain approuvé par Coué trois fois de suite, chaque fois un peu plus aigu, créant ainsi, à lui seul, des harmonies vocales du plus bel effet. Il s'arrête, remercie beaucoup le public en français, attrape sa guitare, et continue la chanson. Ce sera en fait l'une des constantes du concert, ces arrêts qui entrecoupent une seule et même chanson, donnant au tout un caractère work in progress très plaisant. Comme si une chanson pouvait être interrompue, flotter silencieusement dans l'air un moment, et être reprise sans être pour autant dénaturée. Nous voilà, nous dit Gruff Rhys, dans l'Hôtel Shampoo, qui donne son nom à l'album et sert plus ou moins de cadre à ses chansons. En faisant quelques recherches sur Internet, j'apprends que le nom Hotel Shampoo (2011) fait référence aux habitudes cleptomanes de Gruff Rhys lorsqu'il est à l'hôtel : il ramène à chaque fois toutes les bouteilles de shampoing et de gel douche sur lesquelles il peut mettre la main. Pour un concept album, genre habituellement un peu pompeux et pompier, Hotel Shampoo a donc des ambitions plutôt modestes.

 

Modestes, mais pas au rabais. La première partie du set a ainsi été remarquable par son économie de moyens. Jouée presque uniquement à la guitare (parfois accompagnée d'un métronome ou de chants d'oiseaux passés sur un électrophone posé sur la table), elle a révélé la voix douce et chaude de Gruff Rhys – que le son de l'album, lui, ne met pas forcément toujours en valeur – et sa qualité de songwriter, en tout cas quand il chantait en anglais et non en gallois. Étrangement, c'est même le nom de Nick Drake qui plusieurs fois m'est venu à l'esprit. Pas le Nick Drake dépressif et suicidaire que la postérité, friande de figures d'artistes maudits, a retenu, mais l'autre facette de l'Anglais – le folkeux-sorcier capable d’envoûter avec ses techniques de guitariste extra-terrestres. J'ai été réellement enchanté par cette première partie de set, durant laquelle Gruff Rhys a aussi joué quelques morceaux de son Candylion sorti en 2007.

 

La deuxième partie du set a montré la facette plus expérimentale et lysergique (les Super Furry Animals sont bien connus pour leurs abus de substances illicites diverses) du Gallois. Elle a aussi permis de démontrer que les habitudes cleptomanes de Gruff Rhys ne se limitent pas seulement aux bouteilles de shampoing, mais qu'elles portent aussi sur les sons. En effet, en plus d'overdubs (ou « re-recordings, en bon français), et instruments bizarroïdes, comme par exemple une sorte de tuyau électronique qui produisait des grincements quand il était secoué, ou encore un petit piano électronique pour enfants, le chant de Gruff Rhys était presque en permanence accompagné par des vinyles glanés (volés ?) dans on ne sait quelle obscure boutique et qui, bien qu'étrangers, s'imbriquaient parfaitement dans ses chansons. D'ailleurs, le Gallois ne semblait pas peu fier de ses vinyles, car il n'a pas hésité à en passer un – du rock chrétien un peu neuneu – lorsqu'il a dû aller chercher des piles dans sa loge pour l'un de ses instruments-gadgets. L'occasion d'une bonne crise de fou-rire, alors que tout le monde se demandait si cet intermède était improvisé ou non. Ce petit contre-temps passé, Gruff Rhys entamait pour la deuxième fois "Shark Ridden Waters", probablement le plus marquant des morceaux d'Hotel Shampoo, qu'il étirait démesurément, jusqu'à produire un capharnaüm sonore étourdissant et hypnotique, laissant le public impressionné mais sans doute aussi un peu désorienté. En fait, à l'image de "Shark Ridden Waters", la deuxième partie du set, bien qu'intéressante, a été un peu moins avenante que la première – en même temps j'ai depuis toujours un faible pour la guitare acoustique. Finalement, c'est avec le refrain entêtant « Singing a song in the morning/Singing it again at night » que Gruff Rhys concluait le concert comme il l'avait commencé, comme si les chansons jouées entre temps avaient simplement interrompu et retardé la fin de la chanson du début - subversion ultime du processus traditionnel de développement des morceaux. 

 

Il est alors 22h30, nous quittons la belle salle de la Gaîté Lyrique le sourire aux lèvres, avec l'impression d'avoir habité pendant un temps trop court dans un hôtel imaginaire situé entre les magnifiques paysages de Snowdonia, le décor urbain de Cardiff et les terres légendaires de Neverland. Pas dans l'hôtel Formule 1 du coin.

 

Nico.

 

 

"Singing a Song in the Morning" (qui est en fait une reprise d'une chanson de Kevin Ayers intitulée "Religious Experience")

 

 

"Lonesome Words" tiré de Candylion, très Nick Drake 

 

"Shark Ridden Waters" tiré de Hotel Shampoo


 
La set-list complète est à voir ici.

Publié dans Les qu'on sert.

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