Chorus Festival : Soirée Rock en Seine avec Cheveu, Jim Jones Revue et Kitty Daisy & Lewis

Publié le par Dans.la.solitude.des.champs.(de).sons

 

 

 

Quels artistes : Cheveu/Jim Jones Revue/Kitty Daisy & Lewis

Où le concert : Magic Mirror, la Défense

Quand le concert : 22 mars 2012

Dans quel tiroir : Punk, électronique/Blues rock/Rock'n'roll, ska, country

Etat des esgourdes : Rockées

 

 

L’histoire de ce concert, c’est d’abord, pour moi, l’histoire d’un hasard total. Celui d’avoir découvert, ravi, que les Cheveu passaient en concert, seulement une petite semaine après avoir écouté pour la première fois – et aimé - leur disque éponyme datant de 2008. En plus d’avoir une belle programmation, très éclectique, le festival Chorus a lieu dans un cadre inhabituel et impressionnant, au milieu du parvis de la Défense. Bref, là où personne, habituellement, n’aurait idée de venir pour passer une soirée. 

 

C’est donc sous l’œil pour une fois bienveillant des hautes tours de la Défense que le concert des Bordelais Cheveu a commencé, vers 20h30. L’entrée en matière du chanteur, David Lemoine, donnait le ton de la soirée, avec un franglais parodique et peut-être un peu éméché qui amusait la salle. Cheveu a fait un bon set, énergique et bordélique (en tant que Bordelais, ils étaient sûrement prédestinés) juste comme il faut. Le jeu rapide et hyper-simple (mais pas simpliste) du guitariste Etienne Nicolas, ainsi que le chant parlé-crié de David Lemoine dénotent une forte influence punk. Sauf qu’il y a un peu plus chez Cheveu, un côté électronique qui rend le son du groupe réellement singulier. Il n’y a en effet pas de batteur, mais seulement une boîte à rythme folle, en perpétuel dérapage contrôlé entre les mains d’Olivier Demeaux, aussi en charge des claviers, étourdissants et noisy. Difficile, donc, de ne pas succomber à cette folie douce qui s’empare de David Lemoine quand il se tape la tête avec son micro, et qui, l’air de rien, finit par rendre le public un peu cinglé, à hocher la tête et taper des pieds anarchiquement. Je dis bien un peu cinglé, car, effectivement, le concert ayant été programmé en premier, le public était à ce moment-là encore en rodage, de sorte que l’ambiance est, malgré tous les efforts de Cheveu, restée un peu trop timide. Quand les membres du groupe sont partis, j’étais, bien sûr, très content de leur prestation, mais aussi légèrement amer – amer comme un enfant gâté peut l’être – pensant que la mayonnaise aurait pu encore mieux prendre. C’est d’autant plus dommage qu’objectivement, Cheveu était probablement le groupe le plus novateur, le plus intéressant – sur CD en tout cas – des trois groupes programmés à l’occasion du festival. On ne saurait donc que vous conseiller d’aller voir Cheveu, si possible lors d’un concert où ils seront cette fois-ci tête d’affiche. Moi en tout cas, je le ferai.

 

Le temps d’une pause bière-clope, et The Jim Jones Revue s’avançait sur scène, dans une salle enfin pleine à craquer. D’entrée, c’est une claque. Deux guitares, une basse, une batterie, un piano, un chanteur charismatique qui fait de l’œil à des groupies hystériques, et un son blues rock si puissant qu’il pourrait sans doute réveiller Elvis d’entre les morts. Pour l’anecdote, quand le chanteur balance son médiator dans la foule déjà conquise, celui-ci m’arrive directement entre les mains alors que je suis en train d’applaudir, et que je ne l’ai justement même pas vu le lancer, ce médiator : un bon signe ? Un bon signe. Car The Jim Jones Revue a balancé un set proprement hallucinant, un truc de rock stars, de bêtes de scène, qui, le temps d’un instant, nous aura fait oublier qu’on jouait déjà ce type de musique dans les années 50. Le public ne s’y est pas trompé, et a répondu avec un enthousiasme surprenant, parfois pour le pire, notamment lorsqu’un slammeur assénait (sans le vouloir, bien sûr, mais quand même) un coup de pied dans la tête de la jeune fille devant moi, ou quand, dans le plus pur style années 50, un début de bagarre éclatait à cause d’un collé-serré qui n’a pas vraiment plu à la protagoniste concernée. L’espace d’un instant, la Défense devenait sauvage comme le sud des Etats-Unis, et tout ça grâce à un groupe de Londres. Le monde à l'envers. Mais qu'est-ce que c’était bon ! Et je pense que les groupes de scène aussi forts que les Jim Jones Revue se font rares, et qu’il faut donc absolument aller les voir. « Groupe de scène », oui, car les Jim Jones Revue sont clairement taillés pour ça, plus que pour le format album, qui, je pense, fait ressortir cruellement leurs limites ou plutôt leur en invente de nouvelles – relatif passéisme, côté un peu répétitif, et parfois trop propret.

 

À peine le temps de s’en remettre, et c’est Kitty Daisy & Lewis qui entrait sur scène, avec son statut de tête d’affiche que je trouve pour ma part assez curieux – personnellement, c’est le seul, des trois groupes, dont je n’avais jamais entendu parler. Echaudé par les quelques chansons que j’avais écouté d’une oreille sur Youtube, et d’autant plus sceptique après l’immense set des Jim Jones Revue, j’ai pourtant été agréablement surpris. Les Kitty Daisy & Lewis ont clairement, comme les Jim Jones Revue, les 50s dans le rétro. Cependant, leur musique rock’n’roll est mâtinée de country, ce qui est sûrement dû à la présence d’une contrebasse, et d’un je-ne-sais-quoi féminin (il faut dire, le chanteur principal est une chanteuse) qui dépoussière et rafraîchit leur son somme toute classique. Aussi, j’apprendrais à la troisième chanson que le groupe est fortement influencé par la musique ska – une influence qui, quoique surprenante, reste cohérente dans cette esthétique méli-mélo. C’est d’ailleurs ces sons skas qui ont fini par me lasser un peu, et m’inciter à partir un peu avant la fin du set. Non pas que le concert fût mauvais, bien au contraire, mais principalement parce que le groupe, bien que tête d’affiche, a eu la malchance de jouer après les Jim Jones Revue, ce qui n’a pas manqué de le rendre, par comparaison, beaucoup moins intéressant qu’il ne l’est réellement. Et si, finalement, voir les Jim Jones Revue en concert avait été une mauvaise idée ? Ils m’ont maintenant habitué à un standard live que je ne suis pas sûr de voir égalé de sitôt.  

 

Cheveu - Charlie Sheen

 

Jim Jones Revue - Rock'n'Roll Psychosis


Kitty Daisy & Lewis - Going Up to the Country

 

Nico.

 

 

Publié dans Les qu'on sert.

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